{"id":798,"date":"2025-05-13T09:40:02","date_gmt":"2025-05-13T09:40:02","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tassaneealleau.com\/?p=798"},"modified":"2025-05-14T07:55:07","modified_gmt":"2025-05-14T07:55:07","slug":"lignes-tracantes-racines-texte-a-lire-pour-la-radio","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tassaneealleau.com\/?p=798","title":{"rendered":"Lignes tra\u00e7antes &#8211; racines (texte \u00e0 lire pour la radio)"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"724\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.tassaneealleau.com\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/img_6783-1.png?resize=724%2C1024&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-797\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.tassaneealleau.com\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/img_6783-1.png?resize=724%2C1024&amp;ssl=1 724w, https:\/\/i0.wp.com\/www.tassaneealleau.com\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/img_6783-1.png?resize=212%2C300&amp;ssl=1 212w, https:\/\/i0.wp.com\/www.tassaneealleau.com\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/img_6783-1.png?resize=768%2C1086&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i0.wp.com\/www.tassaneealleau.com\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/img_6783-1.png?resize=1086%2C1536&amp;ssl=1 1086w, https:\/\/i0.wp.com\/www.tassaneealleau.com\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/img_6783-1.png?w=1414&amp;ssl=1 1414w\" sizes=\"auto, (max-width: 724px) 100vw, 724px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Sur cette photographie, on voit le carnet ouvert sur deux pages r\u00e9dig\u00e9es \u00e0 la main, un stylo bic sur une table. <\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Texte : Lignes tra\u00e7antes &#8211; Racines<\/h2>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai commenc\u00e9 ce texte en suivant la ligne tra\u00e7ante d&rsquo;une racine depuis le collet, fendant la motte, puis traversant les strates g\u00e9ologiques jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;il n&rsquo;y ait plus terre, mais feu. S&rsquo;il on suit la ligne, le trait fin du v\u00e9g\u00e9tal, blanch\u00e2tre, filandreux, presque translucide, court entre les grains fins de la terre, le trait soudain s&rsquo;arr\u00eate, se resserre, s&rsquo;\u00e9tire, vire, et freine comme un chemin, qu&rsquo;on aurait mal cartographi\u00e9. Quelquefois s&rsquo;ensuit un revirement et la ligne s&rsquo;estompe en autant de voies sans issue qui \u00ab\u00a0<em>filamentent<\/em>\u00ab\u00a0.<\/p>\n\n\n\n<p>Se racine ce qui se bruite en silence dans l&rsquo;antre souterraine de la terre, dans ce ventre dans lequel rien ne file droit, rien ne file court, tout est long et tortueux, l\u00e0 o\u00f9 si\u00e8ge l&rsquo;obscurit\u00e9, s&rsquo;adapte et se multiplie, puis meurt, puis vit, se symbiose, se d\u00e9-colmate, se solidifie en statocytes et statolithes, amyloplastes sans gravit\u00e9. En p\u00e9ricycle, la ligne des racines fabrique un faisceau depuis un radical, qui n&rsquo;\u00e9tait pas sien au d\u00e9part, puis l&rsquo;est devenu, jusqu&rsquo;\u00e0 se nimber en radicelles. Le trait est parti un jour sombre d&rsquo;automne, d&rsquo;une cavit\u00e9 go\u00fbtant \u00e0 la terre humide, du tronc ligneux d&rsquo;un arbre dont on ne saurait prononcer le nom, l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rorhizie a fait merveille et radicelle en surplus.<\/p>\n\n\n\n<p>De la cavit\u00e9-ventre de l&rsquo;arbre au sein duquel l&rsquo;humus des saproxylophages a surgi, une ligne droite approximative a jailli telle le trait d&rsquo;eau d&rsquo;une rivi\u00e8re, d\u00e8s lors ass\u00e9ch\u00e9e, qui conna\u00eet enfin les pluies. La ligne se tapisse, tisse une toile ectomorphe, espac\u00e9e, rhizomorphe, sans asp\u00e9rit\u00e9 propre et dans ses coutures se forme un habitat d\u00e9tourn\u00e9 alternatif.<\/p>\n\n\n\n<p>Le trait s&rsquo;\u00e9paissit, se \u00ab\u00a0<em>tub\u00e9rise<\/em>\u00ab\u00a0, stockant dans ses strates cellulaires l&rsquo;inuline, l&rsquo;eau, les sucres. Mais parfois, \u00e0 l&#8217;embouchure, la radicelle se poursuit, fuyant l&rsquo;adversit\u00e9, se sachant courue d&rsquo;avance et cherchant la libert\u00e9. Elle descend profond\u00e9ment, solitaire, vers la direction oppos\u00e9e des autres radicelles, formant un enchev\u00eatrement ench\u00e2ss\u00e9 dans l&rsquo;aube de la vie.<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;autres racines tracent et s&rsquo;ancrent, entrent et ressortent, fondant les contreforts des arbres qui en d\u00e9pendent. Les lignes se ramifient, s&rsquo;arborent, se \u00ab\u00a0<em>s\u00e8vent<\/em>\u00ab\u00a0, dans le phlo\u00e8me qui suit la route dessin\u00e9e par cette vascularit\u00e9 retrouv\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Le trait de la racine, \u00e0 l&rsquo;origine du radicule, \u00e0 l&rsquo;origine la graine, suit les conditions favorables d&rsquo;une ligne manuscrite, non h\u00e9liotrope. La racine s&rsquo;enfonce, n&rsquo;adh\u00e8re qu&rsquo;\u00e0 la nuit, \u00e9chappe \u00e0 toute luminescence, et \u00e0 toute incandescence. Avant tout, elle guette la symbiose qui lui profiterait, susceptible de lui faire faire un d\u00e9tour, de courir d&rsquo;autres strates, o\u00f9 les ressources biodisponibles agr\u00e8gent les raisons de son trait d\u00e9vi\u00e9, d\u00e9viant, oblique, courbe, d\u00e9voy\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Subitement, la ligne racinaire s&rsquo;est charg\u00e9e en substances qu&rsquo;on ne saurait citer sans balbutier. Son point culminant est au milieu de nulle part, l\u00e0 o\u00f9 aucun humain ne vit, ou rien ne germine, mais o\u00f9 respirent les <strong>Rhizophagus irregularis<\/strong>, excr\u00e9tant, exsudant. Les racines ont cette conscience des Autres qui leur permettent de se jeter \u00e0 lignes perdues vers la source de vie la plus proche.<\/p>\n\n\n\n<p>Toutes les lignes de la racine se raccordent, convergent \u00e0 l&rsquo;apex, d&rsquo;o\u00f9 naquit la division, chacune d&rsquo;entre elles, comme une ouvri\u00e8re dans une ruche, va et pr\u00eache pour sa survie, prolif\u00e9rant, foisonnant l\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;on ne l&rsquo;attendait pas, l\u00e0 o\u00f9 on ne l&rsquo;attendait plus.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette profusion de lignes, une myriade d&#8217;embranchements, de contournements, de bifurcations coalescentes. La raison pour laquelle suivre la ligne toute trac\u00e9e n&rsquo;est pas conseill\u00e9, mais d\u00e9conseill\u00e9. La raison pour laquelle les racines se fixent, se \u00ab&nbsp;d\u00e9fixent&nbsp;\u00bb, mais ne s\u2019imposent jamais, habitu\u00e9es \u00e0 \u00eatre l\u00e0 sous nos yeux, sous nos pieds, sans qu\u2019on les consid\u00e8re aussi bien que la ligne \u00ab&nbsp;inflorescente&nbsp;\u00bb des plantes commensales de la surface terrestre.<\/p>\n\n\n\n<p>Tassanee Alleau, 13 mai 2025.<\/p>\n\n\n\n<p>Lu au micro de Radio B\u00e9ton et d\u2019Axelle Gl\u00e9 d\u2019Asso PoSo : <a href=\"https:\/\/podcast-radiobeton.com\/des-bouches-tes-oreilles\">\u00e9mission Des Bouches tes Oreilles<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Trop chouette de lire ce texte en compagnie de l\u2019Asso PoSo : <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"724\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.tassaneealleau.com\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/img_6808-1.png?resize=724%2C1024&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-818\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.tassaneealleau.com\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/img_6808-1.png?resize=724%2C1024&amp;ssl=1 724w, https:\/\/i0.wp.com\/www.tassaneealleau.com\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/img_6808-1.png?resize=212%2C300&amp;ssl=1 212w, https:\/\/i0.wp.com\/www.tassaneealleau.com\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/img_6808-1.png?resize=768%2C1086&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i0.wp.com\/www.tassaneealleau.com\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/img_6808-1.png?resize=1086%2C1536&amp;ssl=1 1086w, https:\/\/i0.wp.com\/www.tassaneealleau.com\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/img_6808-1.png?w=1414&amp;ssl=1 1414w\" sizes=\"auto, (max-width: 724px) 100vw, 724px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Photographie du dessus d\u2019un micro de radio b\u00e9ton et d\u2019un livre de Sylvia Plath ainsi que d\u2019un carnet<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><strong><em>Inspir\u00e9 de <\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Po\u00e8me Graines :<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il \u00e9tait une fois la graine<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019accrescente tubulure de la plante jusque ciel<\/p>\n\n\n\n<p>Les couches de peaux r\u00e9unies en fascicules<\/p>\n\n\n\n<p>Les s\u00e9pales tourn\u00e9s vers le soleil,<\/p>\n\n\n\n<p>les feuilles en denticules<\/p>\n\n\n\n<p>Puis les baies charnues dans l\u2019entrenoeud d\u2019un plant de groseilles<\/p>\n\n\n\n<p>La fleur, son calice fourni d\u2019eau de la pluie des soir\u00e9es ti\u00e8des<\/p>\n\n\n\n<p>Et finalement la racine, dans les terrains vagues, les bords des routes, l\u2019espace rud\u00e9ral<\/p>\n\n\n\n<p>Solide, ancr\u00e9e, \u00e9ternelle.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; D\u00e9cembre, 2023<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Texte : Lignes tra\u00e7antes &#8211; Racines J&rsquo;ai commenc\u00e9 ce texte en suivant la ligne tra\u00e7ante d&rsquo;une racine depuis le collet, fendant la motte, puis traversant les strates g\u00e9ologiques jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;il n&rsquo;y ait plus terre, mais feu. 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