{"id":859,"date":"2025-05-31T16:11:27","date_gmt":"2025-05-31T16:11:27","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tassaneealleau.com\/?p=859"},"modified":"2025-05-31T16:13:47","modified_gmt":"2025-05-31T16:13:47","slug":"article-cinema-botanique-et-cinema-sur-telabotanica","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tassaneealleau.com\/?p=859","title":{"rendered":"[article cin\u00e9ma] Botanique et cin\u00e9ma sur TelaBotanica"},"content":{"rendered":"\n<p>J\u2019ai r\u00e9dig\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 2022, ce bref article sur TelaBotanica qui laissait un espace aux points de vue artistiques, croisant art, plantes :<\/p>\n\n\n\n<p>Lien vers l\u2019article : <a href=\"https:\/\/www.tela-botanica.org\/2022\/09\/la-botanique-au-cinema-art-et-botanique\/\">https:\/\/www.tela-botanica.org\/2022\/09\/la-botanique-au-cinema-art-et-botanique\/<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Merci \u00e0 l\u2019association Tela Botanica de nous laisser cet espace d\u2019\u00e9criture. <\/p>\n\n\n\n<p>Retranscription ici :<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading article-title\">La botanique au cin\u00e9ma #Art et botanique<\/h1>\n\n\n\n<p>Dans les arts visuels, le v\u00e9g\u00e9tal tient une place majeure qui n\u2019a cess\u00e9 de cro\u00eetre jusqu\u2019\u00e0 devenir non plus uniquement d\u00e9coratif ou all\u00e9gorique, mais porteur de message \u00e0 travers ce que l\u2019on appelle aujourd\u2019hui le \u00ab&nbsp;tournant v\u00e9g\u00e9tal&nbsp;\u00bb. Au cin\u00e9ma, la nature est aussi une cl\u00e9 de compr\u00e9hension au miroir que nous tend la fiction.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les espaces naturels qui constituent les d\u00e9cors de la plupart des films, le v\u00e9g\u00e9tal peut \u00eatre absent, silencieux, passif, ou \u00e0 l\u2019oppos\u00e9, omnipr\u00e9sent, bruyant et vif. L\u2019invention de la plante \u00e0 l\u2019\u00e9cran est un sujet qui parcourt d\u00e9j\u00e0 la litt\u00e9rature fantastique. Les plantes fictives s\u2019inspirent bien souvent du th\u00e8me de la \u00ab&nbsp;cr\u00e9ature&nbsp;\u00bb, du \u00ab&nbsp;monstre&nbsp;\u00bb ou de la \u00ab&nbsp;plante extraterrestre&nbsp;\u00bb, \u00e0 l\u2019image de la mandragore ou du saule cogneur repris visuellement dans les premiers films de la saga&nbsp;<em>Harry Potter<\/em>. La plante est aussi la \u00ab&nbsp;plante-objet&nbsp;\u00bb, utilitaire ou marque de rep\u00e8re affectif, \u00e9rig\u00e9e en totem dans des intrigues teint\u00e9es de myst\u00e8re et d\u2019aventure (les haricots dans&nbsp;<em>Jack et le haricot magique&nbsp;<\/em>de Brian Henson en 2001, l\u2019<em>Aglaonema&nbsp;<\/em>du film&nbsp;<em>L\u00e9on&nbsp;<\/em>de Luc Besson tourn\u00e9 en 1994). La production d\u2019un imaginaire v\u00e9g\u00e9tal au cin\u00e9ma s\u2019accompagne d\u2019arch\u00e9types, mod\u00e8les de repr\u00e9sentation v\u00e9g\u00e9tale qui restent facilement interpr\u00e9tables, de la jungle color\u00e9e \u00e0 la campagne bucolique en passant par la for\u00eat sauvage et le d\u00e9sert.<\/p>\n\n\n\n<p><a class=\"component-title-anchor\"><\/a><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">De la jungle au v\u00e9g\u00e9tal foisonnant<\/h2>\n\n\n\n<p>Lorsque le cin\u00e9ma filme la jungle, il filme une cr\u00e9ature, un \u00e9cosyst\u00e8me avalant les personnages d\u00e9finitivement ou temporairement. La for\u00eat tropicale ou for\u00eat vierge sont des tropes utilis\u00e9s pour figurer l\u2019inconnu, l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 ou la r\u00eaverie. C\u2019est particuli\u00e8rement le cas dans les films qui s\u2019emparent de l\u2019histoire de la \u00ab&nbsp;d\u00e9couverte&nbsp;\u00bb coloniale du Nouveau Monde (<em>Mission&nbsp;<\/em>de Roland Joff\u00e9 en 1986). La soumission de l\u2019Homme aux forces de la Nature est une image pr\u00e9cieuse cultiv\u00e9e par Hollywood ou le cin\u00e9ma ind\u00e9pendant.&nbsp;<em>Avatar&nbsp;<\/em>de James Cameron (2009) est une forme expressionniste quasi litt\u00e9rale du retour \u00e0 la nature ou de sa red\u00e9couverte. Le v\u00e9g\u00e9tal y est pure fiction, invent\u00e9 de A \u00e0 Z avec l\u2019aide de chercheurs sp\u00e9cialistes en botanique. On y trouve ainsi toute une flore calqu\u00e9e sur notre mod\u00e8le terrien&nbsp;: la&nbsp;<em>Pseudocycas altissima<\/em>, l\u2019<em>Obesus rotundus<\/em>, ou encore l\u2019arbre des \u00e2mes, les esprits des plantes, l\u2019arbre-foyer, la bioluminescence et les zooplantes. Il s\u2019agit d\u2019un imaginaire extraterrestre color\u00e9 et id\u00e9alis\u00e9, avec toutefois ce souffle animiste qui en fait une \u0153uvre entre clich\u00e9 de l\u2019exotisme et ode po\u00e9tique et onirique \u00e0 la splendeur de la Nature. Le m\u00eame type de d\u00e9cor \u00e0 base de v\u00e9g\u00e9taux translucides et bioluminescents existait d\u00e9j\u00e0 dans l\u2019\u00e9pisode III de&nbsp;<em>Star Wars&nbsp;: la Revanche des Sith&nbsp;<\/em>par George Lucas en 2005. Les for\u00eats peuvent abriter esprits, plantes et animaux en tous genres (la grande for\u00eat de s\u00e9quoias, demeure des Ewoks et des loups-sangliers endoriens dans&nbsp;<em>Star Wars VI&nbsp;: le Retour du Jedi&nbsp;<\/em>de Richard Marquand, 1982). La v\u00e9g\u00e9tation est fondamentale&nbsp;: elle dissimule, garde secret, d\u00e9robe aux regards une vie grouillante, macrocosmes et microcosmes compris, comme dans les labyrinthes de v\u00e9g\u00e9taux foisonnants (<em>Labyrinthe&nbsp;<\/em>de Jim Henson en 1986,&nbsp;<em>Le Labyrinthe de Pan&nbsp;<\/em>de Guillermo del Toro en 2006) ou dans les transes m\u00e9taphysiques d\u2019Apichatpong Weerasethakul (<em>Blissfully Yours&nbsp;<\/em>en 2001,&nbsp;<em>Memoria&nbsp;<\/em>en 2021, etc.). Dans tous les films du r\u00e9alisateur tha\u00eflandais, la jungle est un personnage \u00e0 part enti\u00e8re et une exp\u00e9rience sensorielle pour qui regarde. Elle s\u2019oppose \u00e0 la sph\u00e8re urbaine, comme le rappelle Natalie Boehler dans son article \u00ab&nbsp;<em>The Jungle as Border Zone: The Aesthetics of Nature in the Work of Apichatpong Weerasethakul<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Autrement plus cruelle, la plante monstrueuse ou la cr\u00e9ature venues tout droit de l\u2019imaginaire tropical de la jungle sont des ic\u00f4nes du cin\u00e9ma. Le film&nbsp;<em>Little Shop of Horrors<\/em>&nbsp;de Roger Corman (<em>La Petite Boutique des horreurs<\/em>, 1960) voit appara\u00eetre l\u2019une des premi\u00e8res plantes mangeuses d\u2019humains, appel\u00e9e Audrey et inspir\u00e9e des n\u00e9penthes carnivores, reprise maintes fois ensuite (par exemple dans les jeux vid\u00e9o,&nbsp;<em>Plants vs Zombies<\/em>, etc.). Des plantes similaires tir\u00e9es de la jungle tropicale s\u2019invitent dans le salon du film&nbsp;<em>Jumanji&nbsp;<\/em>de Joe Johnston (1995). La plante anthropomorphique appara\u00eet aussi dans l\u2019adaptation cin\u00e9matographique du&nbsp;<em>Seigneur des Anneaux&nbsp;<\/em>de J. R. R. Tolkien sous l\u2019aspect effrayant des Ents, arbres humano\u00efdes et esprits des for\u00eats, rendus possibles gr\u00e2ce aux effets sp\u00e9ciaux g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par ordinateur. L\u2019arbre n\u2019est par ailleurs rien d\u2019autre qu\u2019un pendant humain, un prolongement de l\u2019\u00eatre, m\u00e9taphore de la r\u00e9incarnation ou de la vie apr\u00e8s la mort. Le grand ch\u00eane (<em>oak tree<\/em>) dans&nbsp;<em>Forrest Gump<\/em>&nbsp;de Robert Zemeckis en 1994, le saule pleureur (<em>willow<\/em>) de&nbsp;<em>Pocahontas&nbsp;<\/em>(Disney, 1995) ou le baobab de Rafiki dans le&nbsp;<em>Roi Lion&nbsp;<\/em>(Disney, 1994) sont des figures paternelles et maternelles, entre all\u00e9gorie de la sagesse et m\u00e9taphore du temps pass\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tela-botanica.org\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/Little_Shop_of_Horrors_gore-1.jpg\" alt=\"Little_Shop_of_Horrors_gore\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p><em>Little Shop of Horrors<\/em>&nbsp;de Roger Corman (La Petite Boutique des horreurs, 1960) \u2013 Wikip\u00e9dia. Film du domaine public.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tela-botanica.org\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/Nepenthesbongso-1.jpg\" alt=\"Nepenthesbongso\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>N\u00e9penthes&nbsp;<em>Nepenthes bongso<\/em>. Description originale dans&nbsp;<em>Verhandelingen over de natuurlijke geschiedenis der Nederlandsche overzeesche bezittingen<\/em>. Botanie by Pieter Willem Korthals. Wikipedia.<\/p>\n\n\n\n<p>La plante est le symbole favori des r\u00e9alisateurs et r\u00e9alisatrices pour illustrer les attributs d\u2019une M\u00e8re Nature puissante et pleine d\u2019abondance. Elle n\u2019est pas qu\u2019une forme artistique myst\u00e9rieuse, sous l\u2019angle de la m\u00e9tamorphose et anthropomorphe, elle est aussi une forme fig\u00e9e, esth\u00e9tique et romantique, fruit d\u2019une construction sociale et culturelle.<\/p>\n\n\n\n<p><a class=\"component-title-anchor\"><\/a><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">De la campagne bucolique au poison sauvage<\/h2>\n\n\n\n<p>Comme le roman et la peinture, le cin\u00e9ma n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 user jusqu\u2019\u00e0 la corde de l\u2019image de la campagne bucolique ou de la rusticit\u00e9. Ce d\u00e9cor champ\u00eatre s\u2019allie fr\u00e9quemment \u00e0 la figure f\u00e9minine et au romantisme dans des sc\u00e8nes florales que m\u00eame des affiches cultes mettent en avant, par exemple dans&nbsp;<em>Bright Star&nbsp;<\/em>(2009) de Jane Campion, qui d\u00e9peint la liaison amoureuse mais secr\u00e8te entre le po\u00e8te-\u00e9crivain John Keats et sa voisine Fanny Brawne. La nature y est sensible et triomphante, entre les prairies dor\u00e9es et les bois propices \u00e0 la r\u00e9flexion ou \u00e0 la passion sauvage. Dans&nbsp;<em>Big Fish&nbsp;<\/em>de Tim Burton (2003), le champ de jonquilles plant\u00e9 par Ed Bloom pour impressionner celle qu\u2019il aime tient du m\u00eame registre que les&nbsp;<em>bluebells<\/em>&nbsp;(jacinthes des bois bleues) de&nbsp;<em>Bright Star<\/em>. Ce symbole du romantisme est un f\u00e9tichisme aim\u00e9 des cin\u00e9astes qui donnent \u00e0 la rose, embl\u00e8me du d\u00e9sir, la capacit\u00e9 de voir et de parler (<em>Peau d\u2019\u00e2ne&nbsp;<\/em>de Jacques Demy, 1970) ou bien d\u2019incarner l\u2019\u00e2me fl\u00e9trie et le temps qui passe (<em>La belle et la b\u00eate<\/em>&nbsp;de Gary Trousdale, 1991). Le jardin, la serre ou le salon plein de plantes d\u2019int\u00e9rieur sont des lieux romantiques invitant \u00e0 la qui\u00e9tude et au silence, opposition \u00e9vidente aux tumultes ext\u00e9rieurs (<em>The Constant Gardener<\/em>&nbsp;de Fernando Meirelles en 2005).<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ode \u00e0 la nature dans son sens le plus \u00e9logieux, voire \u00e9l\u00e9giaque, est un motif connu du cin\u00e9ma que l\u2019on retrouve chez des r\u00e9alisateurs tels que Terrence Malick (<em>Les Moissons du ciel&nbsp;<\/em>en 1978,&nbsp;<em>La Ligne rouge&nbsp;<\/em>en 1998, ou&nbsp;<em>Tree of Life<\/em>&nbsp;en 2011). Ses plans de pr\u00e9dilection filment au plus pr\u00e8s et de mani\u00e8re tr\u00e8s tactile, visuelle et sonore les champs de bl\u00e9 ou de ma\u00efs et les grands arbres, expressions m\u00e9taphoriques du myst\u00e8re de la vie et de sa f\u00e9condit\u00e9. Les sons y tiennent une place importante, notamment le bruissement du vent dans les branches ou la brise caressant les \u00e9pis et les hautes herbes sauvages. Cin\u00e9aste des grands espaces film\u00e9s tel un Eden inatteignable, Malick cultive le v\u00e9g\u00e9tal dans sa part la plus mystique, gr\u00e2ce \u00e0 des sc\u00e8nes tourn\u00e9es \u00e0 des horaires compliqu\u00e9s, afin d\u2019imprimer sur la pellicule une couleur particuli\u00e8re que les plantes magnifient&nbsp;: \u00e0 l\u2019heure bleue de l\u2019aube, ou \u00e0 la&nbsp;<em>Golden hour<\/em>, la lumi\u00e8re rasante, rouge et orang\u00e9e du cr\u00e9puscule. Le v\u00e9g\u00e9tal envisag\u00e9 comme d\u00e9cor m\u00e9lancolique et pass\u00e9iste (nostalgie du pass\u00e9) saisit toujours les spectateurs et spectatrices par sa cruaut\u00e9 finale, comme dans&nbsp;<em>Et au milieu coule une rivi\u00e8re&nbsp;<\/em>(1992) o\u00f9 la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 de la rivi\u00e8re cern\u00e9e de conif\u00e8res immenses du Montana contraste avec la violence des hommes. L\u00e0 aussi, comme pour l\u2019Eden impossible de Malick, l\u2019Am\u00e9rique est un pr\u00e9texte pour figer le d\u00e9cor d\u2019une Am\u00e9rique perdue par le p\u00e9ch\u00e9 humain, vision biblique st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Le v\u00e9g\u00e9tal n\u2019est pas que le rem\u00e8de miracle tel qu\u2019on le voit dans&nbsp;<em>Medecine Man&nbsp;<\/em>de John McTiernan (1992), il est aussi le poison (la plante mortelle&nbsp;<em>Archaefructus liaoningensis&nbsp;<\/em>dans&nbsp;<em>Predator&nbsp;<\/em>de Nimr\u00f3d Antal, 2010). La plante est un&nbsp;<em>pharmakon<\/em>, adage paracelsien qui veut que ce soit la dose qui gu\u00e9risse ou qui tue. La plante-poison r\u00e9v\u00e8le sa nature sauvage, sa part d\u2019obscurit\u00e9 et d\u2019occulte. Ainsi le bouquet de muguet que tient Kirsten Dunst et les n\u00e9nuphars qui l\u2019entourent sur l\u2019affiche de&nbsp;<em>Melancholia&nbsp;<\/em>de Lars von Trier (2011) rappellent l\u2019\u00e9tat m\u00e9lancolique de l\u2019Oph\u00e9lia de Sir John Everett Millais (1851), et autres figures f\u00e9minines pr\u00e9rapha\u00e9lites. Le r\u00e9alisateur Dai Sijie filme un jardin botanique \u00e0 la mode occidentale o\u00f9 des plantes m\u00e9dicinales c\u00f4toient les simples toxiques et le v\u00e9g\u00e9tal carnivore (<em>Les Filles du botaniste<\/em>, 2006).&nbsp;<em>Into the Wild&nbsp;<\/em>(2007) de Sean Penn est un road-movie revendiquant le retour \u00e0 la nature dans une soci\u00e9t\u00e9 capitaliste et \u00e9gocentr\u00e9e. Le jeune Christopher McCandless trouvera une fin pr\u00e9coce en pleine nature, en avalant du poison v\u00e9g\u00e9tal par erreur (m\u00eame si en r\u00e9alit\u00e9 il est probablement mort de faim). Dans son journal de bord, il \u00e9voquait les aliments avec lesquels il aurait pu s\u2019intoxiquer, comme les graines de la pomme de terre sauvage (<em>Hedysarum alpinum<\/em>).<\/p>\n\n\n\n<p>Certaines plantes ou parties de la plante caract\u00e9risent le c\u00f4t\u00e9 obscur du v\u00e9g\u00e9tal. Les hautes cimes, les troncs \u00e9pais, noueux et noirs, ainsi que les racines entrelac\u00e9es dans la for\u00eat sombre et sauvage sont des r\u00e9miniscences cauchemardesques, conceptions mythologiques d\u2019un paysage infernal. De ces for\u00eats \u00e9manent une magie noire ayant perdu toute saisonnalit\u00e9 (la for\u00eat dans&nbsp;<em>Mal\u00e9fique&nbsp;<\/em>de Robert Stromberg pour Disney en 2014, dans&nbsp;<em>Les Fr\u00e8res Grimm&nbsp;<\/em>de Terry Gilliam en 2005, ou celle de&nbsp;<em>Blanche-Neige et le chasseur<\/em>&nbsp;r\u00e9alis\u00e9 par Rupert Sanders en 2012). Ces for\u00eats semblent dot\u00e9es d\u2019une personnalit\u00e9 plut\u00f4t col\u00e9rique, porte ouverte \u00e0 la Nature vengeresse\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><a class=\"component-title-anchor\"><\/a><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">De la plante vengeresse \u00e0 la disparition du v\u00e9g\u00e9tal<\/h2>\n\n\n\n<p>Dans certains cas, le cin\u00e9ma se saisit des enjeux de soci\u00e9t\u00e9, environnementaux et \u00e9cologiques. Le v\u00e9g\u00e9tal n\u2019y est plus le monstre ou la cr\u00e9ature, mais l\u2019ombre vengeresse de la nature ab\u00eem\u00e9e par l\u2019Homme depuis la nuit des temps. Ce type d\u2019intrigue se d\u00e9roule sur un fond d\u2019enqu\u00eate scientifique. Dans&nbsp;<em>Ph\u00e9nom\u00e8nes&nbsp;<\/em>(<em>The Happening<\/em>, 2008) de M. Night Shyamalan, la v\u00e9g\u00e9tation dans son ensemble d\u00e9cide de se prot\u00e9ger en d\u00e9veloppant un m\u00e9canisme de d\u00e9fense qui lib\u00e8re une neurotoxine dans l\u2019air poussant les \u00eatres humains \u00e0 se suicider.&nbsp;<em>Annihilation&nbsp;<\/em>(2019) d\u2019Alex Garland montre des aliens humano\u00efdes qui modifient l\u2019environnement terrestre et prennent la forme d\u2019hommes-plantes&nbsp;; plusieurs scientifiques doivent trouver le g\u00e8ne qui a permis cette mutation. L\u2019extraterrestre a toujours quelque chose de v\u00e9g\u00e9talisant&nbsp;: les cosses de haricots emprisonnant les \u00e2mes et les corps des humains dans&nbsp;<em>L\u2019invasion des profanateurs de s\u00e9pultures&nbsp;<\/em>de Don Siegel en 1956 en est une bonne illustration. De plus, les anim\u00e9s du studio Ghibli sont un mod\u00e8le du genre de l\u2019\u00e9cofiction. La nature lutte pour sa propre survie et la destruction de la for\u00eat affaiblit la p\u00e9rennit\u00e9 des humains dans&nbsp;<em>Princesse Mononok\u00e9<\/em>&nbsp;r\u00e9alis\u00e9 par Hayao Miyazaki en 1997.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tela-botanica.org\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/InvasionOfTheBodySnatchers1956Crop-700x568.jpg\" alt=\"InvasionOfTheBodySnatchers1956Crop\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>Image coloris\u00e9e extraite du film&nbsp;<em>L\u2019invasion des profanateurs de s\u00e9pultures&nbsp;<\/em>de Don Siegel en 1956. Auteur : Allied Artists. Wikipedia, CC BY-SA<\/p>\n\n\n\n<p>Le paradis perdu est rapidement devenu le parangon d\u2019un autre genre&nbsp;: celui du film de science-fiction. La plante y est dress\u00e9e comme dernier rempart \u00e0 la survie humaine (et m\u00eame animale). La description dystopique de notre avenir commun passe par la disparition du v\u00e9g\u00e9tal sous toutes ses formes, des plus simples aux plus complexes. Christopher Nolan filme la s\u00e9cheresse et la mort de la nature dans&nbsp;<em>Interstellar&nbsp;<\/em>(2014). De son c\u00f4t\u00e9, le petit robot&nbsp;<em>Wall-E<\/em>&nbsp;(film de Pixar en 2008) doit sauver la derni\u00e8re plante sur Terre, seule survivante d\u2019une d\u00e9charge \u00e0 ciel ouvert. Cette petite pousse verte porte la couleur de l\u2019espoir, seule \u00e9chappatoire \u00e0 notre fin pr\u00e9matur\u00e9e. Elle est un symbole fort, image iconique que les cin\u00e9astes s\u2019approprient dans de nombreux films d\u2019anticipation&nbsp;ou de science-fiction : les pousses de salades et de pommes de terre, par exemple dans&nbsp;<em>The Martian<\/em>&nbsp;de Ridley Scott (2015), Groot dans&nbsp;<em>Les Gardiens de la Galaxie&nbsp;<\/em>en 2014.<\/p>\n\n\n\n<p>Le v\u00e9g\u00e9tal dans les films n\u2019est,&nbsp;<em>in fine<\/em>, et comme nous le disions plus haut, qu\u2019un miroir tendu \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 humaine, reflet de notre rapport au monde et de notre inconscient collectif. Dans ce miroir, l\u2019\u00eatre humain peut y lire \u00e0 la fois son pass\u00e9, son pr\u00e9sent et son futur et la plante y tient une place essentielle. L\u2019exp\u00e9rience esth\u00e9tique v\u00e9g\u00e9tale au cin\u00e9ma permet l\u2019introduction d\u2019espaces de r\u00e9flexion environnementale et \u00e9cologique. La plante film\u00e9e influe ainsi sur notre conception de celle-ci en proposant diverses formes d\u2019exp\u00e9rimentations et d\u2019expressions de la complexit\u00e9 du vivant<\/p>\n\n\n\n<p><a class=\"component-title-anchor\"><\/a><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p>Bishop, Katherine E., Higgins, David, M\u00e4\u00e4tt\u00e4, Jerry (dir.),<em>&nbsp;Plants in Science Fiction: Speculative Vegetation<\/em>, \u200e University of Wales Press, 2020.<\/p>\n\n\n\n<p>Boehler, Natalie, \u00ab&nbsp;The jungle as border zone: the aesthetics of nature in the work of Apichatpong Weerasethakul.&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>ASEAS \u2013 Austrian Journal of South-East Asian Studies<\/em>, 4(2), 2011. 290-304.&nbsp;<a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4232\/10.ASEAS-4.2-6\">https:\/\/doi.org\/10.4232\/10.ASEAS-4.2-6<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Castro, Teresa, Pitrou, Perig, Rebecchi, Marie (dir.),&nbsp;<em>Puissance du v\u00e9g\u00e9tal et cin\u00e9ma animiste, la vitalit\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9e par la technique<\/em>, les presses du r\u00e9el, 2020.<\/p>\n\n\n\n<p>Pollan, Michael,<em>&nbsp;The Botany of Desire<\/em>, Random House, 2001.<\/p>\n\n\n\n<p>Le blog&nbsp;<em>Real Plants in Movies \u2013 Cyberbotanist<\/em>,&nbsp;<a href=\"https:\/\/cyberbotanist.tumblr.com\/\">https:\/\/cyberbotanist.tumblr.com\/<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a class=\"component-title-anchor\"><\/a><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Partagez vos articles sur le th\u00e8me #Art et Botanique<\/h2>\n\n\n\n<p>Cet article a \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9 par&nbsp;<strong>Tassanee Alleau<\/strong>, suite \u00e0 l\u2019appel \u00e0 articles de Tela Botanica sur le&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tela-botanica.org\/2022\/08\/appel-a-articles-art-et-botanique\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">th\u00e8me \u201cArt et botanique\u201d<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Si le th\u00e8me vous int\u00e9resse, nous vous invitons \u00e0 nous transmettre vos articles&nbsp;<strong>du 18 ao\u00fbt au 10 novembre 2022<\/strong>&nbsp;directement sur le site de Tela Botanica, en ajoutant le mot cl\u00e9 \u00ab Art et botanique \u00bb \u00e0 votre titre. Pour connaitre toutes les conditions de participation,&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tela-botanica.org\/2022\/08\/appel-a-articles-art-et-botanique\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">rendez-vous sur l\u2019article de lancement de l\u2019appel<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J\u2019ai r\u00e9dig\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 2022, ce bref article sur TelaBotanica qui laissait un espace aux points de vue artistiques, croisant art, plantes : Lien vers l\u2019article : https:\/\/www.tela-botanica.org\/2022\/09\/la-botanique-au-cinema-art-et-botanique\/ Merci \u00e0 l\u2019association Tela Botanica de nous laisser cet espace d\u2019\u00e9criture. 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